[Résumé] Cet article explique comment les personnes en situation de handicap — moteur, sensoriel, cognitif, mental ou psychique — utilisent les services numériques au quotidien et quels obstacles elles peuvent rencontrer. À travers des exemples concrets, il montre que l’accessibilité ne concerne pas seulement certains profils, mais une grande diversité de situations, souvent invisibles. Il met enfin en lumière les bonnes pratiques de conception qui permettent de faire du numérique un véritable levier d’autonomie et d’inclusion.
Si le numérique offre de nombreuses possibilités d’autonomie et d’inclusion, il peut représenter un véritable obstacle. L’accessibilité numérique concerne tout le monde et pas uniquement les personnes en situation de handicap moteur. En France, 80% des handicaps sont invisibles, ce qui signifie que 10 millions de personnes sont concernées et certaines personnes peuvent souffrir de plusieurs handicaps ou déficiences. Comprendre les différents types de handicaps et la manière dont ils utilisent les outils numériques qui peuvent faciliter leur usage est essentiel pour construire une société plus équitable.
Les différentes formes de handicap
Selon la classification de l’OMS (Organisation mondiale de la santé), on distingue 5 catégories, chacune avec des besoins spécifiques :
1) Le handicap moteur
Il concerne les personnes ayant une limitation totale ou partielle de motricité notamment des membres supérieurs et/ou inférieurs (paralysie, amputation, sclérose en plaques, myopathie, etc.). Il peut être temporaire ou incurable selon son origine. Il touche 3,5 millions de personnes en France.
Les personnes atteintes par l’une ou plusieurs de ces déficiences rencontre des difficultés à utiliser la souris et les écrans tactiles.
Exemples de situations concrètes
- Démarches administratives : remplir un formulaire en ligne (CAF, impôts) uniquement au clavier, sans souris.
- E-commerce : ajouter un produit au panier et valider une commande sans gestes précis.
- Applications mobiles : difficulté à utiliser des gestes complexes (glisser, pincer, double-tap).
Pour cela, ils utilisent la navigation au clavier, le contrôle vocal ou encore des systèmes de navigation par pointage ou sélection automatique.
Bonnes pratiques côté concepteurs
- Rendre tous les contenus et fonctionnalités accessibles au clavier.
- Proposer des boutons suffisamment grands et espacés.
- Éviter les interactions nécessitant une grande précision gestuelle.
- Offrir des alternatives aux actions glisser-déposer.
2) Le handicap sensoriel
Il fait référence aux organes sensoriels.
Deux formes de handicap sensoriels sont très répandues : la déficience visuelle et la déficience auditive.
- Le handicap visuel
Il englobe les différentes formes de déficience visuelle et la cécité. Citons par exemple la DMLA (tâches noires qui obstruent partiellement la vue) et la cataracte (vue trouble) etc…
Figure 1 Vue avec DMLA
Figure 2 Vue avec et sans cataracte
Exemples de situations concrètes
- Réseaux sociaux : comprendre une image ou une infographie grâce à un texte alternatif.
- Services administratifs : naviguer dans un formulaire structuré avec un lecteur d’écran.
- E-commerce : lire une fiche produit en augmentant la taille du texte et les contrastes.
Dans la plupart des cas de déficience visuelle, les utilisateurs concernés doivent souvent adapter l’affichage des contenus numériques. Par exemple, agrandir ou réduire la taille du texte ou la largeur de l’écran mais aussi changer les couleurs.
En cas de cécité, l’utilisateur peut utiliser différents outils pour consulter les contenus numériques :
- Les lecteurs d’écran (outils retranscrivant à l’oral ce qu’il se passe à l’écran) : NVDA (sous Windows, gratuit), JAWS (payant), VoiceOver (iOS)
- Les plages brailles (retranscrivent les textes à l’aide de picots qui montent et descendent)
Si les contenus ne sont pas accessibles, il arrive souvent qu’il y ait une perte d’information lors de ces changements : texte coupé et contrastes de couleurs insuffisants par exemple. Mais aussi que la navigation à l’aide d’un lecteur d’écran que ne soit pas fluide. Plusieurs raisons à cela : absence d’alternative textuelle sur des images porteuses d’information ou décoratives. Le lecteur d’écran lira le nom de l’image et non le texte alternatif. Ou ne sera pas ignorée par la technologie d’assistance en cas de d’image décorative. Exemple d’image sans alternative textuelle lue par un lecteur d’écran : img_9427.png.
Bonnes pratiques côté concepteurs
- Fournir des alternatives textuelles pertinentes pour les images.
- Respecter les contrastes de couleurs recommandés.
- Structurer les pages avec des titres et des zones de navigation claires.
- S’assurer que le contenu reste lisible lors du zoom ou de l’agrandissement du texte.
- Tester la compatibilité avec les lecteurs d’écran.
- Le handicap auditif
Il inclut les surdités totales ou partielles. Il existe différentes formes de déficiences auditives : la surdité de transmission (le son parvient affaibli), la surdité de perception (le son parvient distordu), acouphènes de grésillement, acouphènes de sifflement.
Les personnes ayant une déficience auditive rencontrent des difficultés d’accès à l’information audio, de participation aux appels vidéo, de contenus non sous-titrés.
Exemples de situations concrètes
- Vidéos sur les réseaux sociaux : accès à l’information grâce à des sous-titres.
- Réunions ou appels vidéo : difficulté à suivre les échanges sans transcription.
- Tutoriels en ligne : impossibilité de comprendre un contenu uniquement vocal.
Le langage des signes est également utilisé mais il n’est pas international. Il existe une langue des signes française, américaine, espagnole etc.
Bonnes pratiques côté concepteurs
- Ajouter des sous-titres synchronisés aux vidéos.
- Proposer des transcriptions des contenus audio.
- Ne pas transmettre d’informations importantes uniquement par le son.
- Associer des messages visuels aux alertes sonores.
3) Le handicap cognitif
Un handicap cognitif provient d’un dysfonctionnement cérébral qui résulte de l’altération importante des fonctions dites « cognitives » (d’une à plusieurs). Cela concerne différents troubles comme le trouble de la mémoire, trouble de l’attention, trouble des identifications perceptives, trouble des gestes, trouble de l’adaptation au changement. Cette altération peut être temporaire (mais longue) ou définitive.
Quelques exemples de troubles cognitifs : dyslexie, dyscalculie, TDAH etc… Cela rend plus difficiles certaines activités quotidiennes comme lire, écrire, communiquer etc.
Exemples de situations concrètes
- Lecture d’un article ou d’une notice : difficulté face à des phrases longues ou un jargon complexe.
- Démarches en ligne : abandon d’un parcours trop long ou mal expliqué.
- Applications mobiles : surcharge d’informations sur un même écran.
Pour cela : éviter d’utiliser des polices de texte avec empâtement comme la Times New Roman. Cela rapproche les lettres et rend le texte moins lisible pour les personnes dyslexiques par exemple.
Bonnes pratiques côté concepteurs
- Utiliser un langage simple et compréhensible.
- Aérer le contenu et limiter les informations par écran.
- Éviter les animations et distractions inutiles.
- Privilégier des polices sans empattement.
- Concevoir des parcours clairs, logiques et prévisibles.
4) Le handicap mental
L’OMS définit le handicap mental comme « un arrêt du développement mental ou un développement mental incomplet, caractérisé par une insuffisance des facultés et du niveau global d’intelligence, notamment au niveau des fonctions cognitives, du langage, de la motricité et des performances sociales. » Cela entraine une déficience des fonctions mentales et intellectuelles, qui entraîne des difficultés de réflexion, de compréhension et de conceptualisation, conduisant automatiquement à des problèmes d’expression et de communication chez la personne atteinte.
Exemples : Autisme, Trisomie 21, Polyhandicap,… Définition / classification des handicaps (CIH, CIF et OMS).
Exemples de situations concrètes
- Formulaire administratif : incompréhension des attentes ou des conséquences d’une action.
- Création de compte en ligne : étapes trop nombreuses ou mal explicitées.
- Utilisation d’un service public : difficulté à comprendre un vocabulaire abstrait
Bonnes pratiques côté concepteurs
- Employer un vocabulaire concret et explicite.
- Expliquer clairement chaque étape et son objectif.
- Utiliser des pictogrammes simples en complément du texte.
- Éviter les changements brusques d’interface ou de navigation.
- Proposer un accompagnement progressif.
5) Le handicap psychique
« Il se définit par l’atteinte d’une pathologie mentale entraînant des troubles mentaux, affectifs et émotionnels, soit une perturbation dans la personnalité, sans pour autant avoir des conséquences sur les fonctions intellectuelles. Exemples : schizophrénie, maladies bipolaires, Hypochondriaques,… » Définition / classification des handicaps (CIH, CIF et OMS).
Exemples de situations concrètes
- Paiement en ligne : stress lié à un compte à rebours ou à des messages d’erreur anxiogènes.
- Applications avec notifications : surcharge émotionnelle ou cognitive.
- Parcours complexes : sentiment de perte de contrôle ou d’échec.
Bonnes pratiques côté concepteurs
- Éviter les contraintes temporelles inutiles.
- Employer des messages d’erreur bienveillants et rassurants.
- Permettre de suspendre et reprendre une action plus tard.
- Présenter les informations étape par étape.
- Concevoir des interfaces sobres et prévisibles.
En clair : pour ces trois derniers types de handicap, un service numérique clair et cohérent, un langage clair et une navigation fluide et intuitive aideront les personnes concernées à utiliser et comprendre les contenus numériques plus facilement.
Parlons également du daltonisme. Ce n’est pas une forme de handicap. Toutefois, il est important que l’information des contenus numériques ne passent pas uniquement par la couleur. Ce qui fait l’objet d’un critère du RGAA.
Bonnes pratiques côté concepteurs
- Ne jamais transmettre une information uniquement par la couleur.
- Associer la couleur à un texte, une icône ou un motif.
- Tester les interfaces avec des filtres de daltonisme.
- Respecter les critères RGAA liés à la perception des couleurs.
Le numérique comme levier d’autonomie et d’inclusion
Le numérique, lorsqu’il est accessible, devient un outil puissant pour :
- Favoriser l’autonomie
- Rompre l’isolement social grâce aux réseaux et communautés en ligne
- Faciliter l’accès à la culture, à l’éducation et à l’information
- Permettre l’emploi et la formation
Conclusion
Le numérique peut être un véritable levier d’émancipation pour les personnes en situation de handicap, à condition d’être pensé dès sa conception pour toutes et tous. L’accessibilité n’est pas uniquement une exigence réglementaire ou technique : c’est avant tout une démarche humaine, éthique et inclusive.
Rendre les services numériques accessibles, c’est permettre à chacun d’apprendre, de travailler, de communiquer et de participer pleinement à la vie sociale, sans barrières inutiles.




